Le premier directeur entre en scène

Vient ensuite le discours de Fernand Alexandre, premier directeur de l’école industrielle.

« Voici baptisée enfin l’Ecole Industrielle de Couillet. Le nouveau  né doit la vie à l’administration éclairée qui préside aux destinées de cette importante commune. Cette administration a compris qu’elle se devait au développement intellectuel et économique de tous ses administrés en général et en particulier de ses administrés travailleurs : elle s’est dit avec raison que c’était pour elle une obligation d’organiser pour l’instruction de ses ouvriers ce qu’on déjà fait déjà pour les leurs les communes avoisinantes. 

Le dernier rapport officiel sur la situation de l’enseignement technique en Belgique constate qu’il y avait en 1903 dans le Hainaut seul 59 écoles industrielles proprement dites. Cette extension qu’ont prise en quelques années ces institutions prouvent qu’elles répondent à un besoin réel : aussi ont elles jeté dans tous les pays de profondes racines. Partout où elles existent, leurs progrès dépassent toutes les espérances, et là où il n’y en pas encore on s’empresse de les organiser. Il comporte en effet de donner à l’ouvrier une instruction qu’il ne peut acquérir à l’atelier, de leur procurer les moyens d’améliorer sa condition matérielle, de développer son intelligence en l’initiant à la connaissance des lois générales qui président aux transformations de la matière. Cela augmentera aussi la valeur économique de son travail afin de le mettre en état de contribuer à l’accroissement de la production et à l’augmentation des salaires. Et pour cela, il est nécessaire de mettre à la portée du jeune travailleur une solide éducation technique qui lui expose la théorie des procédés de fabrication qui l’arrache à l’emprise de la routine et le rende apte à se plier aux transformations et aux progrès incessants de l’industrie. Mais à côté de l’ouvrier instruit, il faut également l’employé capable, ayant des connaissances générales de la spécialité dont il s’occupe : cet auxiliaire indispensable de l’industriel et du commerçant doit être formé lui aussi à l’école technique. C’est ainsi que s’explique l’inscription dans le programme de notre école du dessin, de la physique, de la chimie, de la mécanique, du commerce etc. Toutes ces branches sont indispensables pour acquérir les connaissances nécessaires dans un grand nombre d’industries. La théorie est en effet essentielle à la pratique. Sans la science de la mécanique par exemple, on ne peut être un mécanicien compétent. Un mécanicien ordinaire peut pratiquer ce qu’on lui a appris ou imiter ce qu’il a vu faire  mais s’il est dans l’erreur, il ne sait ni reconnaître son erreur ni la corriger, et il est arrêté par le moindre obstacle étranger à la routine ordinaire, tandis que celui qui est à même de se rendre compte par la théorie des lois de la mécanique ou de la géométrie, peut toujours reconnaître les causes des obstacles qu’il trouve dans son chemin. Sans doute, l’expérience est nécessaire mais il y a la même expérience entre un simple arpenteur et un bon géomètre qu’entre un empirique et un médecin compétent et instruit. Je suis persuadé que le monde commerçant et ouvrier de Couillet appréciera les vues qui ont guidé l’administration communale et que les élèves suivront en grand nombre les cours de la semaine à ceux du dimanche. Le peuple a fait de grands progrès depuis un certain nombre d’années mais il y en a encore de grands à réaliser. L’artisan doit développer en lui la force industrielle, l’initiative personnelle et ses qualités. Il ne peut les acquérir que dans l’étude généralisée des métiers et des industries. Les travailleurs manuels ne doivent pas oublier que les droits politiques dont ils jouissent créent des devoirs. On ne saurait assez leur dire qu’il ne suffit pas de leur donner des pouvoirs car toutes les libertés seront inutiles et inefficaces aussi longtemps qu’ils ne se prépareront pas par leur développement moral et intellectuel à exercer l’influence à laquelle ils aspirent dans l’administration générale du pays. Nous avons le ferme espoir que les nombreux élèves qui ont déjà pris leur inscription aux cours trouveront de nombreux  imitateurs et que d’ici peu de temps, l’école industrielle de Couillet servira à tout point de vue d’exemple aux autres. Les élèves peuvent être assurés du dévouement de leurs maîtres. Ceux-ci de leur côté comptent sur le travail des élèves et leur assiduité aux cours. Les efforts combinés des uns et des autres assurent la prospérité de l’école et l’avenir de sa population. C’est là la seule satisfaction que demande l’administration communale pour les sacrifices considérables qu’elle s’est imposée en vue du bonheur des vaillants ouvriers de Couillet »

Monsieur le Directeur conduisit ensuite maîtres et élèves dans leurs salles de cours respectives et ainsi fut installée l’EIC.

( Journal de Charleroi 25 octobre 1904)